![]() |
présente... |
|
|

La presse burkinabé, publique et privée était toute mobilisée pour couvrir l'événement politico médiatique le plus important du pays, l'élection présidentielle du 13 novembre 2005. Un nombre incalculable d'heures d'antenne (radio et télé) a été consacré aux discours et aux programmes des candidats.
Dans le passé, cette couverture médiatique de la campagne présidentielle se résumait invariablement aux seuls extraits de meetings ou messages radiotélévisés diffusés dans le cadre très officiel et souvent ennuyeux des temps d'antenne réservés aux candidats.
C'est fort de ce constat que l'idée nous est venue de proposer un traitement différent de ce qu'il nous est habituellement donné de voir, en nous intéressant, à travers un candidat, aux coulisses de la campagne électorale. Parce qu'une élection présidentielle représente le summum de l'affrontement politique, elle constitue une période très particulière de la vie de tout candidat. Un fort moment de dramaturgie politique où tout va vite, où rien n'est véritablement acquis d'avance. Notre démarche était alors de satisfaire la curiosité du téléspectateur et de l'électorat, en leur montrant non pas la campagne officielle classique, mais ce qu'on pourrait appeler : «Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les hommes politiques en campagne sans jamais oser le demander. »
C'est ainsi que nous avons choisi de déposer un projet de documentaire, quelques semaines avant le début de la campagne, sur le bureau du candidat Blaise Compaoré. Le Président Burkinabè est tout sauf un homme politique ordinaire. Il est réputé peu disert, ses apparitions dans la presse se font à dose très homéopathique. Homme d'un exceptionnel talent politique, il sait qu'une exposition médiatique sans filet, au dessus du vide, pouvait être à haut risque. Le projet que nous lui proposions était inédit en Afrique. Jamais un président en exercice n'avait accepté d'embarquer une caméra pour filmer « sa » campagne. L'accueil qu'il réserva alors à notre projet n'incitait guère à l'optimisme. Nous étions plus proches du rejet que de l' accord, tant les réticences présidentielles étaient grandes. C'est donc après de multiples relances et de délicates négociations, alors que la campagne est déjà bien entamée, que le principe fut acquis de le suivre dans la dernière ligne droite de son marathon électoral.
Notre première journée de tournage à Réo fut grosse d'anxiété et d'inquiétude. Nous étions absolument conscients du fait que tout pouvait s'arrêter. Et ce, à n'importe quel moment. L'accord obtenu à l'arraché auprès du Président était donc tout sauf un blanc-seing. Le moindre faux pas pouvait signer l'arrêt de mort de notre film avant même sa naissance. L'étape test de Réo se passa sans problème. Les réticences du début s'étaient estompées. Notre intégration dans l'équipe de campagne présidentielle se fît alors de manière progressive.
Pendant tout le tournage, nous avons fait du mieux que nous pouvions pour rester discrets afin de ne pas provoquer ce qui arrive mais le laisser advenir. Et tout au long du tournage, Blaise Compaoré est resté lui-même, oubliant presque qu'il était filmé. Pas un seul instant, nous ne l'avons senti prisonnier de l'objectif de cette caméra qui, en même temps qu'elle tournait, enregistrait son présent et fixait son avenir.
« 80.30 à Hauteur d'Homme » n'est ni une oeuvre de courtisan, ni un brûlot d'adversaire. Nous avons juste voulu profiter de cette exceptionnelle opportunité qui nous était offerte, pour pénétrer dans l'humanité d'un homme d'Etat qui, quoi qu'on en dise ou quoi qu'on en pense, marquera sans doute l'histoire de « son » Burkina Faso et de l'Afrique.